
En novembre 2025, un développeur autrichien publie sur GitHub un projet baptisé « Clawd », en hommage à Claude, le modèle d'IA d'Anthropic. L'idée : un agent IA capable de travailler seul sur votre ordinateur et de vous tenir informé sur WhatsApp, Telegram ou iMessage. Le projet devient viral en quelques semaines. Anthropic envoie une mise en demeure pour violation de marque, le projet est renommé OpenClaw, et son créateur est recruté par OpenAI.
En mars 2026, Anthropic riposte sur le terrain technique avec Claude Cowork, Dispatch et Computer Use. Cette contre-offensive soulève une question que le droit n'a pas encore tranchée : qui est responsable quand un agent IA autonome agit à votre place, lit vos fichiers, vos e-mails et votre agenda, et commet une erreur ?
Peter Steinberger, développeur autrichien connu dans la communauté iOS, publie OpenClaw en novembre 2025. Le concept : un agent IA local, tournant sur votre propre machine, auquel vous pouvez parler depuis n'importe quelle messagerie, WhatsApp, Telegram, Slack, iMessage, Discord, et qui exécute des tâches en votre absence : écrire et envoyer des e-mails, organiser des fichiers, gérer des campagnes sur les réseaux sociaux, postuler à des offres d'emploi.
L'adoption est fulgurante. En Chine, où ni Anthropic ni OpenAI n'opèrent commercialement, des milliers d'utilisateurs achètent des Mac Mini dédiés pour faire tourner OpenClaw en permanence. Tencent intègre l'outil à WeChat. Des dizaines de projets dérivés émergent, NanoClaw, NemoClaw, KiloClaw, ZeroClaw, NullClaw, avant que le gouvernement chinois n'interdise OpenClaw sur les machines des entreprises d'État.
Le premier acte juridique de cette histoire est une mise en demeure. Anthropic, constatant que le projet s'appelait initialement « Clawd », référence directe à sa marque Claude, adresse à Steinberger une lettre de cessation pour risque de confusion. Le développeur renomme le projet OpenClaw, puis rejoint OpenAI, le concurrent direct d'Anthropic. Cet épisode illustre un problème structurel : dans un écosystème open source où les projets se multiplient autour des modèles des grandes plateformes, la frontière entre hommage, réutilisation légale et violation de marque reste constamment brouillée. Nommer son projet d'après un modèle d'IA, même par hommage, peut constituer une atteinte à une marque déposée.

En janvier 2026, Anthropic lance Claude Cowork, un agent IA conçu pour fonctionner directement sur l'ordinateur de l'utilisateur, avec accès natif à Google Drive, Gmail et Slack. Le positionnement est clair : reproduire l'usage qui a rendu OpenClaw viral, avec les garanties de sécurité d'un produit commercial, autorisation application par application, défenses contre les attaques par injection de prompt, architecture MCP (Model Context Protocol) ouverte et auditée.
En mars 2026, Anthropic ajoute Dispatch à Claude Cowork : la possibilité de lancer une tâche depuis son téléphone et de recevoir une notification une fois le travail terminé sur l'ordinateur de bureau. Un observateur du secteur a résumé la proposition en la qualifiant d'alternative à OpenClaw pensée pour un usage professionnel sécurisé.
Le 23 mars 2026, Anthropic franchit un cap supplémentaire avec Computer Use : Claude peut désormais cliquer, taper, naviguer sur le web et contrôler des applications directement sur l'écran de l'utilisateur, hors environnement isolé. La fonctionnalité fonctionne par captures d'écran continues. Anthropic précise que la technologie est en phase de recherche préliminaire et déconseille son utilisation avec des données sensibles. La société a par ailleurs acquis en février 2026 la startup Vercept pour renforcer ces capacités, et lancé Claude Code Channels, permettant d'orchestrer des tâches de développement via Discord et Telegram.
En décembre 2025, Anthropic a fait don du protocole MCP à l'Agentic AI Foundation, sous l'égide de la Linux Foundation. Présenté comme un geste d'ouverture, ce transfert mérite un regard juridique : en rendant MCP gouverné collectivement, Anthropic s'assure qu'il devienne un standard industriel bénéficiant directement à son propre écosystème, une stratégie de plateforme classique consistant à donner le standard tout en gardant l'avantage sur l'implémentation. Ce type de mouvement reste scruté de près par les régulateurs européens, déjà attentifs aux pratiques de standardisation dans le secteur technologique.
Un agent IA autonome qui envoie un e-mail en votre nom, modifie un fichier, ou soumet une candidature sans validation explicite à l'instant précis, constitue un acteur juridique sans statut clair. En droit civil français, un acte juridique valable suppose un consentement exprès ou, à défaut, tacite mais circonstancié. Un agent opérant sur mandat général et diffus pose donc un problème de qualification.
Contrairement à ce qu'on pourrait attendre, il n'existe aujourd'hui aucune directive européenne harmonisée sur la responsabilité pour faute liée à l'IA. Le projet en ce sens, l'AI Liability Directive, proposé par la Commission en 2022, a été retiré officiellement en octobre 2025 faute d'accord entre les institutions européennes. À sa place s'applique la directive (UE) 2024/2853, révisant le régime de responsabilité du fait des produits défectueux : elle inclut désormais le logiciel et les systèmes d'IA dans la définition de « produit », soumis à un régime de responsabilité sans faute. Les États membres doivent la transposer avant le 9 décembre 2026. Ce régime couvre les dommages causés par un défaut du produit, mais reste distinct de la question, plus large, du mandat donné à un agent qui agit de manière autonome pour le compte d'un utilisateur : un cas documenté dès 2025, où un agent OpenClaw avait acheté une voiture à l'insu de son utilisateur après s'être vu accorder un accès trop large. Le fabricant, le déployeur et l'utilisateur restent, sur ce point précis, dans une zone de responsabilité partagée sans hiérarchie clairement établie.

Sous le RGPD, un agent IA local ayant accès aux e-mails, fichiers, agenda et historique de navigation d'un utilisateur traite des données personnelles, y compris celles de tiers, et ce traitement doit reposer sur une base légale. Pour un usage strictement personnel et domestique, l'article 2(c) du RGPD prévoit une exemption. Dès que l'agent agit dans un contexte professionnel, envoie des e-mails à des clients ou gère des données de tiers, l'exemption tombe : l'entreprise doit documenter les traitements, désigner un responsable et informer les personnes concernées. En pratique, ces obligations restent largement ignorées par les premières entreprises adoptant ces outils.
La sécurité des données constitue un différenciateur juridique concret entre les deux approches. OpenClaw accorde à l'agent un accès global au système de fichiers, sans cloisonnement, et des cas de manipulation par injection de prompt malveillant ont déjà été documentés. Claude Cowork repose sur une architecture d'autorisation granulaire et des défenses explicites contre ces attaques. L'AI Act classe les agents ayant accès à des données personnelles sensibles comme systèmes à risque élevé ou intermédiaire selon leur usage, imposant des exigences que les agents open source non supervisés peinent structurellement à respecter.
Pour un particulier, donner accès à un agent IA à ses outils professionnels, Gmail, Google Drive, Slack, revient potentiellement à traiter les données personnelles de collègues, clients et partenaires, souvent sans en avoir conscience et sans les garde-fous requis par le RGPD. Pour une entreprise qui déploie un agent IA pour ses équipes, l'entrée dans le champ de l'AI Act est directe dès lors que l'agent prend des décisions ayant des effets significatifs sur des tiers : évaluation de conformité, documentation technique, supervision humaine et traçabilité des actions deviennent des obligations concrètes.
Pour une entreprise qui déploie un agent IA pour ses équipes, l'entrée dans le champ de l'AI Act est directe dès lors que l'agent prend des décisions ayant des effets significatifs sur des tiers : évaluation de conformité, documentation technique, supervision humaine et traçabilité des actions deviennent des obligations concrètes. Ces sujets techniques et réglementaires évoluent vite : rester visible et à jour sur ces thématiques auprès de vos clients et prospects passe aussi par un contenu web bien référencé. Découvrez nos offres de rédaction et d'audit SEO
Qu'est-ce qu'OpenClaw exactement ?
OpenClaw est un projet open source créé en novembre 2025 par l'Autrichien Peter Steinberger. Il permet de connecter un agent IA, typiquement basé sur Claude d'Anthropic, à des messageries comme WhatsApp, Telegram ou iMessage pour lui faire exécuter des tâches de manière autonome : envoyer des e-mails, gérer des fichiers, publier sur les réseaux sociaux, postuler à des emplois. Il est gratuit, open source, mais peu sécurisé par défaut.
Claude Cowork est-il la même chose qu'OpenClaw ?
Non, mais il vise une partie du même cas d'usage. Claude Cowork est le produit commercial d'Anthropic : un agent IA local avec accès contrôlé à vos outils, une architecture de sécurité contre les attaques par injection, et une fonctionnalité Dispatch pour lancer des tâches à distance. Il est moins flexible qu'OpenClaw mais significativement plus sûr, et couvert par les conditions d'utilisation d'Anthropic.
Est-ce qu'utiliser un agent IA sur mon ordinateur pose des problèmes RGPD ?
Potentiellement oui, dès que l'agent traite des données de tiers : e-mails de clients, fichiers contenant des données personnelles. Pour un usage strictement personnel et domestique, le RGPD prévoit une exemption. Pour tout usage professionnel, les obligations s'appliquent : base légale du traitement, information des personnes concernées, sécurité des données.
Qui est responsable si un agent IA fait une erreur, achète quelque chose, envoie un mauvais e-mail ?
Il n'existe pas de directive européenne harmonisée sur la responsabilité pour faute liée à l'IA, le projet en ce sens ayant été retiré par la Commission en 2025. La responsabilité se répartit donc, selon les règles nationales, entre l'utilisateur, le déployeur et potentiellement le fabricant du modèle. La directive (UE) 2024/2853 couvre les dommages liés à un défaut du produit lui-même, mais ne tranche pas la question plus large du mandat donné à un agent autonome.
Qu'est-ce que le MCP (Model Context Protocol) et pourquoi est-ce important juridiquement ?
Le MCP est le protocole standardisé qui permet aux agents IA de communiquer avec des outils et données externes. Développé par Anthropic et cédé à la Linux Foundation en décembre 2025, il est devenu le standard de facto de l'écosystème agent. Son adoption massive soulève des questions de droit de la concurrence : une entreprise qui définit le standard d'interopérabilité peut construire une position dominante structurelle.
Est-il légal d'utiliser OpenClaw en entreprise en France ?
Il n'existe pas d'interdiction légale spécifique à OpenClaw en France. Mais l'utiliser dans un contexte professionnel implique de respecter le RGPD, les politiques de sécurité de l'entreprise et, potentiellement, les dispositions de l'AI Act si l'outil est utilisé dans des processus à fort impact.