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Droit du numérique

Arnaque internet, que faire ? Le guide des démarches en 2026

5/8/2026
8 minutes
Emy Delonnette
Rédactrice en chef

Face à une arnaque sur internet, que faire ? La marche à suivre tient en trois temps : sécuriser vos comptes en faisant immédiatement opposition auprès de votre banque, réunir toutes les preuves (captures d'écran datées, URL, courriels, relevés, coordonnées du fraudeur), puis déposer plainte, en ligne via THESEE ou au commissariat, tout en signalant l'arnaque aux plateformes officielles. Une escroquerie en ligne engage la responsabilité pénale de son auteur, et une réaction rapide multiplie vos chances de récupérer votre argent.

La vitesse est votre meilleure alliée. Plus une arnaque internet reste sans réponse, plus les fonds s'éloignent et plus la piste du fraudeur se refroidit. La bonne nouvelle : des dispositifs publics dédiés, un cadre bancaire protecteur et des délais légaux précis existent pour vous défendre, à condition de connaître les bons gestes et de les enclencher dans le bon ordre. Ce guide détaille, étape par étape, ce qu'il faut faire après une arnaque internet : reconnaître l'escroquerie, sécuriser vos comptes, réunir les preuves, signaler sur les bonnes plateformes, porter plainte et obtenir le remboursement auquel la loi vous donne droit.

Arnaque internet : reconnaître l'escroquerie et réagir dans les premières heures

Une arnaque sur internet est, juridiquement, une escroquerie. L'article 313-1 du Code pénal la définit comme le fait de tromper une personne par l'usage d'un faux nom, d'une fausse qualité ou de manœuvres frauduleuses, afin de la déterminer à remettre des fonds, des valeurs ou un bien. Le délit est puni de cinq ans d'emprisonnement et de 375 000 euros d'amende, peines portées à dix ans et un million d'euros lorsque l'escroquerie est commise en bande organisée, situation fréquente pour les réseaux qui opèrent en ligne.

La question qui revient chez toute victime est simple : arnaque internet, que faire, et par où commencer ? La réponse dépend du type de fraude, mais la logique reste identique : agir vite, documenter, signaler, puis actionner les recours financiers et judiciaires. Identifier précisément la forme de l'arnaque internet subie oriente ensuite vers la bonne plateforme et le bon fondement juridique.

Les formes d'arnaque internet sont multiples. On trouve le faux site marchand qui encaisse sans jamais livrer, le faux vendeur sur une petite annonce ou une marketplace, l'hameçonnage (phishing) par courriel ou SMS qui dérobe vos identifiants, la fraude à la carte bancaire, le faux support technique, l'arnaque sentimentale, la fraude au président visant les entreprises, ou encore la fausse offre d'investissement promettant des rendements irréels. Le point commun reste la tromperie destinée à vous faire payer ou communiquer des données.

Dès que vous suspectez une arnaque internet, trois réflexes s'imposent dans l'heure. D'abord, couper le contact : ne répondez plus, ne payez plus, ne cliquez plus sur aucun lien envoyé par l'interlocuteur. Ensuite, sécuriser vos accès : changez sans attendre les mots de passe concernés, activez la double authentification et, si vos coordonnées bancaires ont pu fuiter, faites opposition auprès de votre banque. Enfin, ne rien supprimer : chaque message, page ou relevé deviendra une preuve.

Certains signaux doivent alerter avant même le paiement. Une pression au temps (offre valable quelques minutes), un prix anormalement bas, une orthographe approximative, un moyen de paiement inhabituel (virement vers un compte étranger, cartes prépayées, cryptoactifs), un nom de domaine récent ou légèrement modifié, l'absence de mentions légales : autant d'indices d'une arnaque internet en préparation. Vérifier l'ancienneté du site, lire les avis hors de la plateforme du vendeur et refuser toute sortie du circuit de paiement sécurisé réduisent nettement le risque.

Cette première heure est décisive. Une opposition rapide bloque souvent les débits en cours, et une escroquerie documentée dès le départ se défend bien mieux, que ce soit face à la banque ou devant la justice. Face à une arnaque internet, garder son sang-froid et agir avec méthode vaut toujours mieux que la précipitation, qui pousse parfois à payer une seconde fois pour tenter de réparer le premier préjudice.

Rassembler les preuves et signaler l'arnaque aux plateformes officielles

La preuve fait la différence. Avant toute démarche, constituez un dossier complet : captures d'écran datées des pages, annonces et conversations, URL exactes, courriels et SMS conservés, références de paiement, relevés bancaires, ainsi que toute coordonnée du fraudeur (adresse courriel, numéro de téléphone, IBAN de destination, pseudonyme). Ces éléments serviront aussi bien à votre banque qu'aux enquêteurs.

La France a mis en place des plateformes officielles de signalement, chacune avec son rôle. THESEE, accessible depuis service-public.fr, permet de signaler ou de porter plainte en ligne pour les principales e-escroqueries (faux site, faux vendeur, chantage en ligne, piratage de messagerie). Perceval traite la fraude à la carte bancaire lorsque vous êtes toujours en possession de votre carte et délivre un récépissé à remettre à votre banque. cybermalveillance.gouv.fr offre un diagnostic gratuit et vous oriente vers des prestataires si un appareil est compromis. Pharos (internet-signalement.gouv.fr) recueille les contenus manifestement illicites, et le dispositif 17Cyber propose une assistance en ligne immédiate.

Signalez large, sans redondance inutile. Un faux SMS se transfère au 33700, un courriel indésirable se déclare à Signal Spam, un litige de consommation se dépose sur SignalConso. Chaque signalement alimente les bases des services d'enquête et aide à faire fermer les sites frauduleux, même lorsque votre préjudice individuel semble modeste. Structurer cette veille et documenter proprement un incident numérique est précisément le genre de méthode que l'audit et l'accompagnement éditorial de CTRLZed aident à mettre en place.

Pour renforcer la valeur probatoire, un constat par commissaire de justice (ancien huissier) fige la page litigieuse et son adresse à une date certaine. Cette précaution, utile dès que le préjudice est élevé, sécurise la preuve d'une arnaque internet avant que le fraudeur ne fasse disparaître le site. Les entreprises victimes d'une fraude au président ou d'un faux fournisseur ont tout intérêt à formaliser ainsi leurs preuves, en plus d'alerter sans délai leur banque et leur assureur, certains contrats couvrant désormais le risque cyber.

Un avertissement s'impose. Après une arnaque sur internet, des interlocuteurs peuvent vous contacter en promettant de récupérer vos fonds contre des frais : dans la quasi-totalité des cas, il s'agit d'une seconde escroquerie qui cible les victimes déjà identifiées. Aucune administration ni aucun service sérieux ne réclame de paiement préalable pour vous rembourser. En cas de doute sur un interlocuteur, recoupez systématiquement avec les canaux officiels référencés par CTRLZed et par les plateformes publiques.

Porter plainte et se faire rembourser après une arnaque sur internet

Le dépôt de plainte est une étape clé : il déclenche une enquête pénale, interrompt la prescription et se révèle souvent exigé par la banque avant tout remboursement. Si votre situation entre dans le champ de THESEE, vous pouvez porter plainte en ligne, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, et suivre l'avancement du dossier. À défaut, vous pouvez vous rendre dans le commissariat ou la gendarmerie de votre choix, qui ne peut refuser votre plainte, ou écrire directement au procureur de la République du tribunal judiciaire compétent.

Côté bancaire, la loi vous protège pour les opérations de paiement non autorisées. L'article L.133-18 du Code monétaire et financier impose à votre banque de vous rembourser immédiatement, au plus tard à la fin du premier jour ouvrable suivant votre signalement, et de remettre le compte dans l'état où il se serait trouvé sans l'opération frauduleuse. La banque ne peut refuser que si elle a de bonnes raisons de soupçonner une fraude de votre part, ou en cas de négligence grave.

Le délai pour contester compte tout autant. L'article L.133-24 du Code monétaire et financier impose de signaler l'opération non autorisée sans tarder, et au plus tard dans les treize mois suivant le débit, sous peine de forclusion. La Cour de cassation a précisé que ce délai de treize mois vise le signalement à la banque, non l'action en justice, qui obéit à la prescription de droit commun. Concernant l'hameçonnage, avoir communiqué ses codes ne constitue pas automatiquement une négligence grave : les juges apprécient au cas par cas le degré de sophistication de la fraude.

Concrètement, face à une arnaque internet ayant entraîné un paiement, adressez à votre banque une contestation écrite, jointe au récépissé de plainte ou de signalement. En cas de refus, la saisine du médiateur bancaire, puis le cas échéant du juge, permet de faire valoir vos droits. Conservez chaque échange : la charge de la preuve de la négligence grave pèse sur la banque, non sur vous.

PlateformeÀ utiliser quandCe qu'elle permet
THESEEE-escroquerie (faux site, faux vendeur, chantage)Plainte ou signalement en ligne 24h/24
PercevalFraude à la carte bancaire, carte en votre possessionRécépissé à remettre à la banque
cybermalveillance.gouv.frAppareil ou compte compromisDiagnostic gratuit et mise en relation
PharosContenu ou site manifestement illiciteSignalement aux services d'enquête

Au-delà du remboursement bancaire, la victime d'une arnaque internet peut réclamer réparation de l'ensemble de son préjudice en se constituant partie civile, une fois l'auteur identifié et poursuivi. L'indemnisation couvre alors le préjudice matériel, et parfois le préjudice moral. Lorsque de nombreuses victimes sont touchées par un même dispositif, un regroupement des plaintes accélère souvent le travail des enquêteurs, chaque dossier venant recouper les autres. La prescription de l'action publique en matière d'escroquerie étant de six ans à compter des faits, mieux vaut ne pas laisser traîner ses démarches.

Le meilleur remède reste la prévention. Après une arnaque sur internet, renforcez durablement votre sécurité : mots de passe uniques et gérés dans un coffre-fort numérique, double authentification partout, vigilance sur les liens et les pièces jointes, plafonds de paiement adaptés. Ces habitudes limitent l'impact d'une future tentative et rendent la prochaine arnaque internet bien plus difficile à réussir.

Le bon réflexe consiste à combiner ces voies : signaler pour faire cesser l'arnaque, porter plainte pour ouvrir l'enquête, et actionner votre banque pour le remboursement. Une arnaque internet isolée se résout souvent par ces démarches administratives ; un préjudice lourd ou un montage complexe justifie l'appui d'un professionnel du droit pour sécuriser la procédure et l'indemnisation. Savoir, face à une arnaque internet, que faire et dans quel ordre, transforme un sentiment d'impuissance en plan d'action concret et efficace.

Sur internet, la première heure fait la différence : couper le contact, faire opposition et tout documenter, c'est déjà reprendre la main sur l'arnaque.
L'équipe CTRLZed

Questions fréquentes

Arnaque internet, que faire en premier ?

Coupez immédiatement le contact avec le fraudeur, ne payez plus et ne communiquez plus aucune donnée. Faites opposition auprès de votre banque si vos coordonnées bancaires ont pu fuiter, changez vos mots de passe, puis conservez toutes les preuves (captures, courriels, relevés). Ces premiers gestes conditionnent le remboursement et l'enquête.

Peut-on porter plainte en ligne après une arnaque sur internet ?

Oui. La plateforme THESEE, accessible depuis service-public.fr, permet de porter plainte ou de signaler en ligne les principales e-escroqueries, vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Si votre situation n'entre pas dans son champ, vous pouvez vous rendre au commissariat ou à la gendarmerie de votre choix, ou écrire au procureur de la République.

Comment se faire rembourser après une fraude à la carte bancaire ?

Signalez l'opération à votre banque et contestez le paiement non autorisé. En application de l'article L.133-18 du Code monétaire et financier, la banque doit vous rembourser au plus tard le premier jour ouvrable suivant votre signalement, sauf soupçon légitime de fraude de votre part ou négligence grave. Le signalement Perceval délivre un récépissé utile.

Quel est le délai pour contester un paiement frauduleux ?

L'article L.133-24 du Code monétaire et financier impose de signaler l'opération non autorisée sans tarder, et au plus tard treize mois après le débit, sous peine de forclusion. La Cour de cassation précise que ce délai concerne le signalement à la banque, non l'action en justice, qui reste soumise à la prescription de droit commun.

Que faire si on a communiqué ses identifiants sur un faux site ?

Changez immédiatement les mots de passe concernés, activez la double authentification et surveillez vos comptes. Signalez l'hameçonnage et faites opposition si des données bancaires sont en jeu. Avoir communiqué ses codes ne constitue pas automatiquement une négligence grave : les juges apprécient la sophistication de la fraude au cas par cas.

Signaler une arnaque sert-il à quelque chose si le montant est faible ?

Oui. Chaque signalement alimente les bases des services d'enquête, aide à identifier les réseaux et à faire fermer les sites frauduleux, même pour un petit préjudice. Le dépôt de plainte interrompt par ailleurs la prescription et reste souvent exigé par la banque. Un signalement isolé peut recouper de nombreux autres dossiers.

Cet article a été rédigé à des fins d'information générale et ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Pour une évaluation de votre situation, rapprochez-vous d'un professionnel du droit.