IA et droits d'auteur sont au cœur d’un débat juridique, culturel et économique qui prend de l’ampleur. L’essor de l’intelligence artificielle générative bouleverse de nombreux secteurs : création artistique, médias, publicité, mais aussi le droit.
Qui détient les droits sur une œuvre générée par une machine ? L’utilisateur qui saisit un prompt, l’éditeur du modèle d’IA, ou personne ?
En France comme en Europe, le débat s’intensifie, alimenté par des décisions de justice et des prises de position d’artistes. Le cadre juridique, jusqu’ici hésitant, entre dans une phase de mutation à l’approche de l’entrée en vigueur de l’IA Act européen (2025-2026).

En droit français, le Code de la propriété intellectuelle (CPI) stipule qu’une œuvre doit être originale et refléter « la personnalité de son auteur » pour être protégée. Or, une IA n’ayant pas de personnalité juridique, elle ne peut être reconnue comme auteur.
Conséquence : un contenu généré uniquement par IA n’est pas protégeable en tant qu’œuvre de l’esprit.
Cependant, la jurisprudence nuance :
Exemple : une image générée par MidJourney sans modification n’est pas protégée. Mais un graphiste qui affine le prompt, combine plusieurs images et les retravaille peut obtenir la protection juridique.
Au niveau européen, deux grands textes structurent le débat sur l’IA et droits d’auteur :
Concrètement, une vidéo publicitaire ou un article généré par IA devra préciser son origine artificielle. Cette mesure vise à protéger le consommateur et renforcer la traçabilité.
Cependant, la protection par le droit d’auteur restera conditionnée à un apport créatif humain.
Les grands modèles (GPT, MidJourney, Stable Diffusion) ont été nourris de millions d’images, textes, musiques et vidéos, dont une partie protégée par le droit d’auteur.
À quel moment une œuvre générée par IA devient-elle une création protégeable ?
Certaines entreprises considèrent les images générées par IA comme des « biens sans maître », donc libres de droits. Or, ce raisonnement pourrait être contesté :
Résultat : beaucoup d’entreprises hésitent encore à intégrer massivement l’IA générative dans leurs campagnes publicitaires ou leurs produits, par peur d’un risque judiciaire futur.

Face à ces incertitudes, plusieurs pistes sont discutées en France et en Europe :
Ce nouveau droit voisin permettrait de reconnaître la valeur économique des œuvres utilisées pour l’entraînement. Les créateurs recevraient une rémunération proportionnelle au volume d’utilisation de leurs œuvres.
Ce modèle est inspiré du droit voisin de la presse, adopté en 2019, qui a permis aux éditeurs de presse de négocier une rémunération avec Google et Meta.
Une piste soutenue par l’ADAGP et la SACEM : mettre en place une licence généralisée qui permettrait aux éditeurs d’IA d’utiliser les bases de données, mais en contrepartie d’un paiement centralisé redistribué aux créateurs.
Cela éviterait des négociations individuelles impossibles face à des milliards de contenus.
Le marquage numérique obligatoire (« watermarking ») est une autre solution envisagée. Chaque œuvre générée par IA devrait contenir une signature numérique permettant d’identifier :
Certains juristes suggèrent la création d’un fonds alimenté par les éditeurs d’IA, redistribué ensuite aux organisations de gestion collective.
Un système analogue à la copie privée pourrait être appliqué aux contenus générés artificiellement.
Les créateurs français devront :
Les organisations professionnelles comme la SACEM, l’ADAGP ou la SCAM militent déjà pour un système équitable.

Le débat sur l’IA et droits d’auteur illustre la tension entre deux impératifs :
À court terme, il est peu probable que la France ou l’Europe reconnaissent une IA comme auteur. En revanche, les œuvres hybrides vont devenir la norme, et leur traitement juridique devra être clarifié par la jurisprudence.
Les prochaines années verront :
La véritable question n’est donc pas seulement « qui est l’auteur ? », mais « comment répartir équitablement la valeur créée par l’IA entre innovation et culture ? ».
L’IA et droits d’auteur ne doivent pas être perçus comme un frein à la création numérique, mais comme une opportunité de bâtir un cadre équilibré, capable d’assurer la soutien aux artistes tout en permettant aux entreprises européennes de rester compétitives face aux géants américains et chinois.
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Jean-Sébastien Mariez, Avocat Associé, De Gaulle Fleurance & Associés
1. Une œuvre générée par IA est-elle protégée automatiquement par le droit d’auteur ?
Non, seule une œuvre présentant une intervention humaine originale peut bénéficier d’une protection.
2. Puis-je utiliser librement une image générée par MidJourney ou DALL·E ?
Oui en principe, mais attention : des litiges pourraient surgir si l’image reprend des éléments provenant d’œuvres protégées.
3. Les artistes seront-ils rémunérés si leurs œuvres servent à l’entraînement d’une IA ?
Pas encore. Mais des pistes de régulation comme la licence obligatoire ou le droit voisin de l’IA sont à l’étude.
4. Une entreprise peut-elle exploiter commercialement du contenu généré par IA ?
Oui, mais elle doit vérifier l’absence de risques juridiques liés aux bases d’entraînement.
5. L’IA Act va-t-il créer un nouveau droit d’auteur ?
Non. Il impose surtout des obligations de transparence et laisse aux États le soin d’adapter leur législation.