
Le revenge porn désigne la diffusion d'images ou de vidéos à caractère sexuel d'une personne, sans son consentement, dans le but de l'humilier ou de se venger. En France, ce délit est puni de deux ans d'emprisonnement et de 60 000 € d'amende (article 226-2-1 du Code pénal), y compris lorsque la victime avait accepté que l'image soit prise en privé. Depuis 2024, la loi vise aussi les deepfakes sexuels fabriqués par intelligence artificielle.
Longtemps réduit à la « vengeance d'un ex », le revenge porn a changé de visage. En 2026, il ne suppose plus nécessairement qu'une image intime ait un jour existé : une photo de vacances suffit désormais à une IA pour générer un faux nu convaincant. Les affaires récentes de deepfakes pornographiques, aux États-Unis comme en Europe, montrent que la diffusion d'images intimes sans consentement est devenue un phénomène de masse, industrialisé par des outils accessibles à tous.
Pourtant, le droit n'est pas démuni. La France dispose d'un arsenal pénal précis, d'outils de signalement et de mécanismes de retrait rapides. Encore faut-il connaître les bons réflexes. Ce guide fait le point sur la définition juridique du revenge porn, sur la nouvelle vague des deepfakes, et surtout sur les démarches concrètes pour faire retirer les contenus et porter plainte.
Le revenge porn, que l'on peut traduire par « pornodivulgation » ou « vengeance pornographique », correspond à la diffusion d'un contenu à caractère sexuel ou intime concernant une personne identifiable, sans son accord. Peu importe le support (photo, vidéo, message) ou le canal utilisé : réseaux sociaux, messageries, sites pornographiques ou simple partage entre proches.
En France, l'infraction est spécifiquement visée par l'article 226-2-1 du Code pénal, créé par la loi pour une République numérique du 7 octobre 2016. Ce texte punit de deux ans d'emprisonnement et 60 000 € d'amende le fait de porter à la connaissance du public ou d'un tiers des images à caractère sexuel obtenues avec le consentement de la personne, mais diffusées sans son accord.
C'est le point essentiel, et souvent mal compris : le consentement à la prise d'une image intime ne vaut jamais consentement à sa diffusion. Une personne qui a envoyé un « nude » à son partenaire dans le cadre d'une relation de confiance n'a jamais autorisé la mise en ligne de ce contenu. La faute pénale pèse entièrement sur celui qui diffuse, comme le rappelle le ministère de l'Intérieur : dans une affaire de revenge porn, le coupable est celui qui diffuse, jamais la victime.
Lorsque l'image a été captée à l'insu de la personne, d'autres textes s'ajoutent, notamment l'article 226-1 du Code pénal (atteinte à l'intimité de la vie privée), puni d'un an d'emprisonnement et de 45 000 € d'amende. Les peines sont par ailleurs aggravées lorsque la victime est mineure : la diffusion d'images sexuelles d'un mineur relève alors de la répression de la pédopornographie, bien plus sévère.
Enfin, le revenge porn s'accompagne fréquemment d'autres infractions : harcèlement moral ou en ligne, chantage (la « sextorsion », qui consiste à menacer de diffuser des images pour obtenir de l'argent ou de nouvelles images), ou encore usurpation d'identité. Ces qualifications peuvent se cumuler et alourdir considérablement la sanction encourue par l'auteur.

La grande bascule de ces deux dernières années tient en un mot : deepfake. Grâce à l'intelligence artificielle générative, il est désormais possible de fabriquer, en quelques secondes et à partir d'une simple photo de visage, une fausse image ou vidéo à caractère sexuel d'une personne réelle. La victime n'a jamais posé, jamais consenti, jamais même été photographiée dans un contexte intime : et pourtant, le contenu circule comme s'il était authentique. C'est un revenge porn « sans image d'origine », qui touche aujourd'hui massivement des femmes, des adolescentes et des personnalités publiques.
Le législateur français a réagi. La loi SREN du 21 mai 2024 (visant à sécuriser et réguler l'espace numérique) a créé un délit spécifique à l'article 226-8-1 du Code pénal. Diffuser un montage à caractère sexuel réalisé avec l'image ou les paroles d'une personne, sans son consentement et sans indiquer clairement qu'il s'agit d'un contenu artificiel, est puni de deux ans d'emprisonnement et 60 000 € d'amende. Lorsque la diffusion a lieu via un service de communication en ligne (réseaux sociaux, sites), les peines montent à trois ans et 75 000 € d'amende.
Ce texte comble un angle mort : auparavant, un deepfake sexuel pouvait échapper à l'article 226-2-1, conçu pour des images réelles. Désormais, trois conditions caractérisent l'infraction : le contenu a été créé ou modifié par un algorithme, la personne représentée n'a pas consenti, et rien n'indique explicitement que l'image est truquée. À noter : signaler clairement le caractère artificiel d'un contenu (mention « image générée par IA ») constitue une cause d'exonération, ce qui distingue la satire assumée du montage nuisible.
Cette prise de conscience est mondiale. Aux États-Unis, le Take It Down Act, promulgué en mai 2025, criminalise au niveau fédéral la diffusion d'images intimes non consenties, réelles comme générées par IA. Surtout, il impose aux plateformes une obligation nouvelle : depuis son entrée en vigueur pour les hébergeurs en mai 2026, elles doivent retirer un contenu signalé dans un délai de 48 heures après la demande de la victime. Le 22 mai 2026, deux hommes ont été inculpés devant le tribunal fédéral de Brooklyn pour avoir généré et diffusé des centaines d'albums de deepfakes visant, à eux deux, près de 140 femmes : parmi les premières applications concrètes de cette loi.
Pour un média comme CTRLZed, cette convergence est révélatrice : le revenge porn n'est plus seulement une question de vie privée, c'est devenu un enjeu de régulation de l'IA et de responsabilité des plateformes. La réponse juridique française (articles 226-2-1 et 226-8-1) et l'approche américaine (retrait sous 48 heures) dessinent, chacune à leur manière, le même objectif : rendre la diffusion d'images intimes sans consentement à la fois punissable et réversible.
En France, la pression réglementaire pèse aussi sur les hébergeurs. Sous le contrôle de l'Arcom et dans le cadre du règlement européen sur les services numériques (DSA), les grandes plateformes doivent proposer des mécanismes de signalement efficaces et traiter en priorité les contenus manifestement illicites, dont les images intimes non consenties font partie. Concrètement, un contenu signalé et caractérisé doit être retiré promptement, sous peine d'engager la responsabilité de la plateforme. Pour les victimes, cela signifie qu'il existe désormais deux leviers complémentaires : la sanction pénale de l'auteur, d'une part, et l'obligation de retrait imposée aux intermédiaires techniques, d'autre part.
Face au revenge porn, la rapidité est déterminante. Voici les démarches à mener, dans l'ordre, pour faire retirer les contenus et engager la responsabilité de l'auteur.
1. Conservez les preuves avant tout. Avant de demander un retrait, réalisez des captures d'écran datées des images, des messages, des URL et des profils concernés. Ces preuves seront indispensables pour la plainte. Vous pouvez aussi faire constater les faits par un commissaire de justice (ancien huissier) pour leur donner une valeur probante renforcée.
2. Signalez les contenus aux plateformes et à PHAROS. Chaque réseau social et site dispose d'un formulaire de signalement pour les contenus intimes non consentis, qu'ils sont tenus de traiter. En parallèle, signalez les faits sur PHAROS, la plateforme officielle de signalement du ministère de l'Intérieur. Pour un accompagnement, le numéro national 3018 (violences numériques, géré par l'association e-Enfance) est gratuit et confidentiel.
3. Utilisez les outils de retrait préventif. Le service StopNCII.org permet, à partir d'une « empreinte numérique » (hash) calculée localement sur votre appareil, sans que l'image ne quitte votre téléphone, de bloquer automatiquement la rediffusion du contenu sur les principales plateformes partenaires (Facebook, Instagram, TikTok, etc.). Pour les mineurs, l'équivalent est le service Take It Down géré par le NCMEC.
4. Demandez le déréférencement auprès des moteurs de recherche. Même après le retrait d'une page, les contenus peuvent rester visibles dans les résultats de recherche. Vous pouvez exercer votre droit au déréférencement (« droit à l'oubli ») directement auprès de Google, et, en cas de refus, saisir la CNIL. La suppression de l'URL du moteur de recherche réduit fortement la visibilité du contenu.
5. Portez plainte. Déposez plainte au commissariat, à la gendarmerie ou directement par courrier auprès du procureur de la République. Vous pouvez également saisir le juge civil en référé pour obtenir, en urgence, le retrait des contenus sous astreinte. Le délai de prescription de l'action publique pour ce délit est de six ans à compter de la diffusion, mais il est vivement conseillé d'agir le plus tôt possible.
6. Faites-vous accompagner. Un avocat spécialisé en droit pénal ou en droit du numérique pourra sécuriser la procédure, chiffrer votre préjudice et demander des dommages et intérêts. Des associations comme le Centre Hubertine Auclert, France Victimes (116 006) ou e-Enfance proposent un soutien juridique et psychologique gratuit. Vous n'êtes ni coupable, ni seul : la loi est de votre côté.
Une fois la plainte déposée, le procureur de la République peut engager des poursuites contre l'auteur des faits. Si la culpabilité est établie, le tribunal correctionnel prononce une condamnation destinée à sanctionner la diffusion et à réparer le préjudice subi. Les associations spécialisées accompagnent l'ensemble des personnes qui ont été victimes de violences numériques et sexuelles, y compris les victimes de viol ou de contenus à caractère pornographique diffusés sans leur accord : porter plainte, c'est aussi éviter que l'agresseur ne recommence avec d'autres.
Le revenge porn est la diffusion d'images ou de vidéos à caractère sexuel ou intime d'une personne, sans son consentement, souvent par un ex-partenaire dans un but de vengeance ou d'humiliation. Depuis 2024, la notion englobe aussi les deepfakes sexuels générés par intelligence artificielle.
Oui. L'article 226-2-1 du Code pénal punit la diffusion d'images intimes sans consentement de deux ans d'emprisonnement et de 60 000 € d'amende. Pour les deepfakes sexuels, l'article 226-8-1 prévoit jusqu'à trois ans d'emprisonnement et 75 000 € d'amende lorsque le contenu est diffusé en ligne.
Non. Consentir à la prise d'une image intime en privé ne vaut jamais consentement à sa diffusion. La responsabilité pénale pèse uniquement sur la personne qui diffuse le contenu sans votre accord.
Signalez le contenu directement à la plateforme, utilisez StopNCII.org pour bloquer sa rediffusion, demandez le déréférencement auprès de Google et, si nécessaire, saisissez le juge civil en référé pour un retrait sous astreinte. Conservez toujours des preuves (captures datées) au préalable.
Oui. Depuis la loi SREN du 21 mai 2024, diffuser un montage à caractère sexuel réalisé par IA sans le consentement de la personne et sans indiquer qu'il est artificiel constitue un délit spécifique, puni par l'article 226-8-1 du Code pénal.
Le délai de prescription est de six ans à compter de la diffusion des images. Il reste toutefois préférable d'agir le plus rapidement possible, pour préserver les preuves et limiter la propagation du contenu.
Vous pouvez appeler le 3018 (violences numériques, gratuit et confidentiel), signaler les faits sur la plateforme PHAROS, contacter France Victimes au 116 006, ou vous rapprocher d'un avocat spécialisé en droit du numérique.