Droit du numérique
Société & cultures

Plainte pour cyberharcèlement : la procédure 2026

9/9/2026
11 minutes
Emy Delonnette
Rédactrice en chef

Porter plainte pour cyberharcèlement, c'est demander à la justice de poursuivre l'auteur d'agissements malveillants répétés commis en ligne. Le cyberharcèlement est un délit puni par la loi, et la victime dispose de droits précis pour se défendre, faire retirer les contenus et obtenir réparation.

Insultes en boucle, rumeurs, photos diffusées sans consentement, création de comptes hostiles : le cyberharcèlement se nourrit de la viralité des plateformes et ne s'arrête ni au portail de l'établissement scolaire ni à la porte du domicile. Il suit la victime partout et à toute heure, ce qui en fait une épreuve particulièrement isolante.

Beaucoup de victimes ignorent pourtant qu'elles peuvent agir vite et efficacement. Ce guide détaille ce que dit la loi, les réflexes à adopter avant même la plainte, puis la procédure complète pour porter plainte pour cyberharcèlement, des preuves à réunir jusqu'aux sanctions encourues par l'auteur.

Cyberharcèlement : définition et ce que dit la loi

Le cyberharcèlement désigne des agissements malveillants répétés visant une personne au moyen d'outils numériques : messages, réseaux sociaux, forums, jeux en ligne ou messageries. Ce qui le caractérise, c'est la répétition et l'atteinte portée aux conditions de vie de la victime, à sa dignité ou à sa santé mentale.

Sur le plan pénal, il est réprimé par l'article 222-33-2-2 du Code pénal. Les peines encourues atteignent deux ans d'emprisonnement et 30 000 euros d'amende, portées à trois ans et 45 000 euros lorsque la victime a moins de quinze ans ou lorsque les faits ont conduit à une incapacité de travail. Une particularité tient au harcèlement en meute : depuis la loi du 3 août 2018, l'infraction est constituée même lorsque chaque auteur n'a agi qu'une seule fois, dès lors que les propos s'inscrivent dans une action concertée ou répétée. Le fameux raid numérique tombe ainsi sous le coup de la loi.

Des infractions souvent cumulées

Le cyberharcèlement s'accompagne fréquemment d'autres délits qui peuvent être poursuivis en parallèle : l'injure et la diffamation publiques, les menaces, l'usurpation d'identité (article 226-4-1 du Code pénal), l'atteinte à la vie privée et la diffusion d'images sans consentement, notamment à caractère sexuel. Cette accumulation compte, car elle alourdit les sanctions et élargit les fondements de la plainte. Elle recoupe d'autres formes de violence en ligne, du deepnude généré par IA à l'usurpation de compte.

Une vigilance renforcée pour les mineurs

Les mineurs figurent parmi les premières victimes, en particulier dans le cadre scolaire. La loi prévoit des circonstances aggravantes lorsque la victime est un enfant, et un délit spécifique de harcèlement scolaire existe désormais. Le cyberharcèlement y prend souvent le relais des brimades subies en classe, prolongeant la souffrance à la maison. Dans ces situations, la réactivité des adultes est déterminante, car elle brise l isolement et enclenche la protection. Parents et personnels éducatifs ont un rôle clé : repérer les signaux (repli, chute des résultats, angoisse à l'idée de se connecter) et ne pas rester seuls face à la situation.

Avant la plainte : réagir et rassembler les preuves du cyberharcèlement

La plainte sera d'autant plus solide qu'elle s'appuie sur des preuves. Avant toute démarche judiciaire, quelques réflexes conditionnent la suite du dossier de cyberharcèlement.

Ne pas répondre, mais tout conserver

Le premier réflexe est de ne pas répondre aux provocations, qui alimentent l'engrenage, sans pour autant effacer quoi que ce soit. Il faut au contraire conserver l'intégralité des preuves : captures d'écran datées, adresses des pages, identifiants des comptes, messages et courriels. Pour une valeur probante renforcée, un commissaire de justice (ancien huissier) peut dresser un constat officiel des contenus, souvent décisif devant le juge. En parallèle, verrouiller ses comptes, renforcer ses paramètres de confidentialité et bloquer les auteurs limitent l'exposition.

Signaler sans attendre

Le signalement ne remplace pas la plainte, mais il agit plus vite. Chaque plateforme dispose d'un dispositif de signalement des contenus, que le règlement européen sur les services numériques (DSA) a rendu plus effectif et mieux encadré. Plusieurs interlocuteurs publics complètent ce circuit, résumés ci-dessous.

InterlocuteurÀ quoi il sertAccès
3018Numéro national contre les violences numériques : écoute, conseils et signalement accéléré aux plateformesGratuit, 9h à 23h, application 3018
PHAROSSignalement des contenus illicites aux autoritésinternet-signalement.gouv.fr
116 006France Victimes : aide et accompagnement juridique et psychologiqueGratuit, sept jours sur sept
Pré-plainte en lignePréparer sa plainte et obtenir un rendez-vouspre-plainte-en-ligne.gouv.fr
17 ou 112Danger immédiat, urgenceGratuit, 24h sur 24

Le 3018 mérite une mention particulière : ce numéro national peut obtenir le retrait accéléré de contenus auprès des grandes plateformes partenaires. Pour effacer durablement les traces, la victime peut aussi exercer son droit au déréférencement auprès des moteurs de recherche, afin d'obtenir la suppression des résultats renvoyant vers les contenus litigieux.

Porter plainte pour cyberharcèlement : la procédure

Une fois les preuves réunies, vient le dépôt de plainte. Porter plainte pour cyberharcèlement obéit à des règles précises, qu'il vaut mieux connaître pour ne pas perdre de temps.

Où et comment déposer plainte

La plainte se dépose dans n'importe quel commissariat ou brigade de gendarmerie, qui ne peut légalement pas la refuser, quel que soit le lieu des faits. Il est possible de porter plainte contre X lorsque l'auteur est anonyme : l'enquête servira précisément à l'identifier grâce à son adresse IP ou aux données des plateformes. Pour gagner du temps, le service de pré-plainte en ligne permet de préparer sa déclaration et de fixer un rendez-vous. La plainte peut également être adressée directement au procureur de la République par lettre recommandée. Et l'anonymat n'est pas l'impunité : les réquisitions judiciaires adressées aux plateformes et aux opérateurs permettent, dans bien des cas, de lever le pseudonyme derrière lequel l'auteur se croyait protégé.

Délais, avocat et réparation

Attention aux délais de prescription : le délit de cyberharcèlement se prescrit par six ans, mais l'injure et la diffamation publiques ne se prescrivent que par trois mois. Mieux vaut donc agir rapidement. La victime peut se faire assister d'un avocat et se constituer partie civile pour réclamer des dommages et intérêts. Pour les mineurs, la plainte est portée par les représentants légaux, et l'établissement scolaire doit être informé afin d'activer ses propres dispositifs.

Ce que risque l'auteur, y compris le bannissement numérique

Au-delà des peines de prison et d'amende, la répression s'est durcie. La loi du 21 mai 2024 visant à sécuriser et réguler l'espace numérique, dite loi SREN, a créé une peine complémentaire de bannissement numérique : le juge peut ordonner la suspension des comptes de réseaux sociaux du condamné pour une durée pouvant aller jusqu'à six mois, portée à un an en cas de récidive, avec interdiction d'en créer de nouveaux. Les plateformes, de leur côté, sont tenues par le DSA de retirer promptement les contenus manifestement illicites qui leur sont signalés, sous peine de sanctions européennes. Les organisations qui souhaitent sensibiliser leurs publics à ces enjeux peuvent d'ailleurs s'appuyer sur un audit SEO et une stratégie de contenu pensés pour le secteur juridique.

Reste une dimension que le droit ne règle pas seul : le soutien de la victime. Personne ne devrait affronter le cyberharcèlement isolément. En parler à un proche, contacter le 3018 ou une association d'aide aux victimes fait partie intégrante de la réponse, au même titre que la modération des plateformes. La démarche judiciaire protège les droits ; l'entourage protège la personne.

Le cyberharcèlement n'est pas une fatalité du numérique : c'est un délit, et la loi arme les victimes pour y répondre.
L'équipe CTRLZed

Plainte pour cyberharcèlement : questions fréquentes

Le cyberharcèlement est-il un délit ?

Oui. Le cyberharcèlement est réprimé par l'article 222-33-2-2 du Code pénal. Il expose son auteur à deux ans d'emprisonnement et 30 000 euros d'amende, peines portées à trois ans et 45 000 euros lorsque la victime a moins de quinze ans. Depuis 2018, l'infraction vaut aussi pour un harcèlement commis en meute, même si chaque auteur n'est intervenu qu'une fois.

Comment porter plainte pour cyberharcèlement ?

Vous pouvez déposer plainte dans n'importe quel commissariat ou gendarmerie, qui ne peut pas la refuser, ou écrire directement au procureur de la République. Le service de pré-plainte en ligne permet de préparer la démarche. La plainte contre X est possible si l'auteur est anonyme : l'enquête servira à l'identifier.

Quelles preuves réunir pour une plainte pour cyberharcèlement ?

Conservez sans rien effacer les captures d'écran datées, les adresses des pages, les identifiants des comptes et les messages reçus. Un commissaire de justice peut établir un constat officiel des contenus, à la valeur probante renforcée. Ces éléments constituent le socle du dossier et facilitent l'identification de l'auteur par les enquêteurs.

Que risque l'auteur d'un cyberharcèlement ?

Outre la prison et l'amende, la loi SREN de 2024 a instauré une peine de bannissement numérique : le juge peut suspendre les comptes de réseaux sociaux du condamné jusqu'à six mois, un an en cas de récidive. Les infractions associées, comme la diffusion d'images sans consentement, alourdissent encore les sanctions.

Que faire en cas de cyberharcèlement d'un mineur ?

Rassurez l'enfant, conservez les preuves et ne le laissez pas seul face à la situation. Contactez le 3018, numéro national gratuit contre les violences numériques, et informez l'établissement scolaire. La plainte est déposée par les représentants légaux. En cas de danger immédiat, composez le 17.

Cet article a une vocation informative et ne constitue pas un conseil juridique. En cas de cyberharcèlement, le 3018 (violences numériques) et le 116 006 (France Victimes) offrent une écoute gratuite ; en cas de danger immédiat, composez le 17. Rédaction CTRLZed.